Cette jeune fille recourbée sur elle-même, les jambes nues, un large T-shirt la couvrant seulement jusqu'au milieu des cuisses attend. Le soleil franchissant la frontière du verre de la fenêtre frappe délicatement son oeil. Cette chaleur chauffe doucement ses cheveux humides.
-A quoi tu penses?
-A tout, j'attends.
Cesse d'attendre ainsi tout le temps. Lève toi et ose quelque chose.
-Non j'attends patiemment que les mots viennent et s'entremêlent.
-Oublie cela. Pense réellement à toi.
-Je pense à moi quand je pense aux autres à travers mes mots. J'attends que le soleil me donne des nouvelles des gens d'ailleurs et qu'il, qu'ils me permettent d'écrire.
-Peut-être. Mais après? Après il faudra encore te consoler, il faudra encore te dire que tu es douée alors que...
-Continue, alors que...
-Alors que tu n'y parviens pas. Que tu restes bloquée des heures face à des mots - d'accord tu en écris - mais des mots qui sont ensemble dénués de sens.
- ( silence, long silence, regards fuyants...) En fait, je te remarcie pour cette unique touche de franchise. J'aurais sans doute aimé l'entendre plus tôt mais... non... en fait, il n'y a pas de mais, jamais, plus jamais je ne te, me, chercherai une excuse. Je me trouve véritablement franche lorsque je tente d'évoquer - certes peut-être avec des mots agencés sans raison, sans affinité - mais avec des mots qui offrent un abri aux adeptes de Don Quichotte, qui offrent de l'amour à des fillettes déchirées par la haine de leurs parents, qui offrent une écoute à un détenu d'un camp soi-disant seulement, de détention... Va-t-en, je ne te retiens pas. Je comprends juste que parfois ceux qui essayent restent incompris de ceux qui fuient.